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Dans ce blog je parlerai de politique mais aussi de tout ce que j'aime (littérature, musique, sports...). N'hésitez pas à laisser vos commentaires, à partager avec moi et les autres visiteurs de se site vos avis ! ! !

28 Jul

Alphonse de Lamartine, 17 mars 1838, discours à la Chambre des députés : « L’abolition de la peine la mort, meilleur rempart au crime »

Publié par Araveg

 

 

 

"Messieurs, la différence profonde qui existe entre l’honorable orateur auquel je succède et moi consiste surtout en ceci : que l’honorable préopinant veut conserver la peine de mort dans nos lois, précisément comme signe, comme intimidation, et que nous, au contraire, (…) nous croyons que l’abolition systématique de la peine de mort dans nos lois serait une intimidation et un exemple plus puissant contre le crime que ces gouttes de sang répandues de temps en temps, si stérilement vous en convenez vous-même, devant le peuple, comme pour lui en conserver le goût. (…) Au point de civilisation où nous sommes parvenus, la peine de mort est-elle encore légitime ? Voilà la question, la seule utile à poser, et si nous la posons, c’est déjà une preuve qu’il y a doute dans un grand nombre d’esprits. (…) M. Parès vient de nous dire : « Mais il faut une sanction à la loi, et la mort a été de tout temps cette sanction terrible, cette sanction suprême qui seule a pu défendre le monde des agressions du crime. N’enlevons pas cette clef de voûte de la société, ou la société s’écroulerait dans le sang. » Messieurs, il y a là une erreur de date, un anachronisme législatif que je vous ­demande à réfuter une fois pour toutes. (…) Nous disons, et l’histoire est notre témoin, qu’il y a à la loi deux espèces de sanction de nature différente, et qu’à mesure que le genre humain se civilise, que les législations se perfectionnent, la société se défend davantage par l’une ou par l’autre de ces sanctions pénales. Je m’explique : il y a une sanction matérielle brutale, inflictive, sanglante, que vous appelez la loi du talion, qui punit l’homme dans sa chair, qui frappe parce qu’on a frappé, qui jette un cadavre sur un cadavre, qui lave le sang dans le sang. Cette sanction aboutit à la peine de mort ; que dis-je ? elle ne s’arrête pas là ; elle va jusqu’à ces supplices, jusqu’à ces tortures, jusqu’à ces morts multipliées par les mutilations qui font mourir cent fois le coupable ou le condamné, et qu’il faudrait regretter et rétablir si vous vouliez aller loyalement aux conséquences de votre principe d’intimidation par la mort. Mais il y a une sanction nouvelle, une sanction morale, une sanction non charnelle, non mortelle, non sanglante, aussi puissante, mille fois plus puissante que la vôtre, sanction que la société substitue graduellement à l’autre à mesure que la société se spiritualise et se moralise elle-même davantage. Celle-là consiste dans l’impuissance où l’on met le criminel de récidiver, dans la correction qu’on lui inflige, dans la solitude qui le force à réfléchir, dans le travail qui dompte les passions, dans l’instruction qui éclaire, dans la religion qui change le cœur, enfin dans l’ensemble de ces mesures défensives et correctives qui préservent la société et améliorent le criminel : entre ces deux systèmes, il y a tout l’espace parcouru des bûchers et des tortures, au système pénitentiaire. Eh bien ! nous disons-nous que vous êtes arrivés à ce point de spiritualisation et de moralisation sociales, que vous devez faire le dernier pas et supprimer la mort que vous n’appliquez déjà presque plus.

(…) Mais je vais plus loin, et je dis que la peine de mort d’une part ne réprime ou ne prévient pas le meurtre, et de l’autre part accroît les dangers de la société en entretenant la férocité des mœurs. Examinez l’état d’esprit du criminel prêt à commettre un meurtre. Son crime n’a que deux motifs : une passion violente ou un intérêt cupide. Si c’est une passion, le criminel est déjà dans le délire, dans la démence, et la crainte de la pénalité disparaît pour lui ; il assouvit sa passion à tout prix ; il ne recule pas devant la mort, au contraire. Et si c’est un intérêt, comme le criminel est à froid et qu’il pèse son crime contre son risque, s’il persévère à tenter le crime, c’est qu’évidemment la peine de mort lointaine, incertaine, douteuse, n’agit plus sur son esprit. (…) Croyez-moi, croyez-en les faits, dans un temps pareil, ce n’est pas la mort qu’il faut apprendre à craindre, c’est la vie qu’il faudrait apprendre à respecter ! (…) L’abolition de la mort que nous vous demandons sera la préservation la plus puissante que vous puissiez procurer à la société contre l’homicide. Oui, je dis que quelques gouttes de sang répandues de temps en temps sous les yeux du peuple comme pour lui en conserver le goût seront moins efficaces que cette proclamation sociale de l’inviolabilité de la vie de l’homme, que vous ferez à la face du monde en abolissant l’échafaud."

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