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Dans ce blog je parlerai de politique mais aussi de tout ce que j'aime (littérature, musique, sports...). N'hésitez pas à laisser vos commentaires, à partager avec moi et les autres visiteurs de se site vos avis ! ! !

19 Jul

Le Peletier de Saint-Fargeau contre la peine de mort, 21 juin 1790, Assemblée constituante.

Publié par Araveg

Robespierre, soutien ce Code pénal qui bannit la peine capitale... Très vite, l'apprenti dictateur Robespierre fit assassiner des milliers d'innocents grâce à la peine capitale... Mieux vaut lire l'abstentionniste Louis Michel Le Pelletier de Saint-Fargeau, ancêtre de Robert Badinter...
 

 

 

"Messieurs, le mot de Code pénal rappelle à des législateurs un devoir pénible. Vous allez enfin descendre dans ces sombres régions des crimes et des supplices, pour y contempler le plus affligeant spectacle : celui de l’homme coupable et de l’homme souffrant.

C’est là que, dans le chaos informe de nos anciennes institutions, vous trouverez presque à chaque pas la morale et l’humanité outragées. (…) Mais avant tout il faut enfin aborder et résoudre cette grande question : la peine de mort formera-t-elle ou non l’un des éléments de notre législation criminelle ? (…)

Tout le monde est d’accord que la peine de mort, si elle est conservée, doit être réduite à la simple privation de la vie, et que l’usage des tortures doit être aboli. Un second point sur lequel toutes les opinions se réunissent également, c’est que cette peine, si elle subsiste, doit être réservée pour les crimes d’assassinat, d’empoisonnement, d’incendie et de lèse-nation au premier chef. Ce pas est déjà fait dans l’opinion ; et votre humanité, vos lumières, le vœu public dont vous êtes les organes, ne vous permettraient pas sans doute une marche rétrograde. (…)

Or évidemment la peine de mort dans cette hypothèse opère un grand mal pour les mœurs publiques, et n’a aucune efficacité pour arrêter le crime. C’est un remède violent, qui, sans guérir la maladie, altère et énerve les organes du corps politique. (…)

En Angleterre, la peine de mort menace presque tous les vols ; et dans nul pays, on ne vole plus habituellement qu’en Angleterre. À Rome, jamais les crimes ne furent plus rares que lorsque la peine de mort était bannie du code des Romains libres. Jamais ils ne furent plus multipliés que lorsque la peine de mort entra dans les institutions de la République dégradée. Enfin la Toscane, le premier État moderne dont les lois humainement novatrices aient osé tenter l’essai de supprimer la peine de mort, la Toscane présente un registre bien précieux pour le philosophe sensible et le législateur éclairé (…).

Nous sommes dans un pays où la peine de mort était prodigieusement multipliée, et où la peine de mort se produisait sous les formes effrayantes des supplices les plus longs et les plus douloureux. (…) Considérez cette foule immense que l’espoir d’une exécution appelle dans la place publique ; quel est le sentiment qui l’y conduit ? Est-ce le désir de contempler la vengeance de la loi, et en voyant tomber sa victime, de se pénétrer d’une religieuse horreur pour le crime ? (…) Non, messieurs, ce n’est pas à un exemple, c’est à un spectacle que tout ce peuple accourt. Une curiosité cruelle l’y invite. Cette vue flatte et entretient dans son âme une disposition immorale et farouche. (…)

Quel saint et religieux respect vous inspirerez pour la vie des hommes, lorsque la loi elle-même abdiquera le droit d’en disposer ? Tant que le fer sacré n’est pas suspendu au fond du sanctuaire, le peuple qui l’aperçoit pourra céder à l’illégitime pensée de s’en attribuer l’usage ; il offensera la loi en voulant la défendre ; il sera peut-être coupable et cruel par patriotisme et par vertu ; dans les secousses d’une révolution, dans les premiers élans de la liberté, n’avons-nous pas vu… mais détournons de funestes souvenirs, et sans déplorer des erreurs passées qui nous affligent, tarissons-en la source, en adoucissant, en tempérant, en sanctifiant les mœurs publiques par la grande et touchante leçon d’humanité que nos lois peuvent donner aux peuples. (…)

L’une (la peine de mort – NDLR) endurcit les mœurs publiques ; elle familiarise la multitude avec la vue du sang. L’autre (l’emprisonnement – NDLR) inspire, par l’exemple touchant de la loi, le plus grand respect pour la vie des hommes. L’une punit, en faisant perdre à l’État un de ses membres. L’autre réprime le crime également, en conservant la personne du coupable. L’une rend irréparables les erreurs de la justice. L’autre réserve à l’innocence tous ses droits dès l’instant où l’innocence est reconnue. L’une, en ôtant la vie au criminel, éteint jusqu’à l’effet du remords. L’autre, à l’imitation de l’éternelle justice, ne désespère jamais de son repentir ; elle lui laisse le temps, la possibilité et l’intérêt de devenir meilleur. (…)

Au reste, messieurs, quelque attachés que nous soyons à la pureté du principe et à l’abrogation de la peine de mort, la peine de mort est une seule fois nommée dans la loi que nous présentons. C’est à l’occasion du chef de parti déclaré rebelle par un décret du corps législatif. Ce citoyen doit cesser de vivre, moins pour expier son crime que pour la sûreté de l’État. Tant qu’il vivrait, il pourrait devenir l’occasion ou le prétexte de nouveaux troubles (…)."

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