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23 Aug

Albert Camus : «En somme, je vais parler de ceux que j'aimais»

Publié par Araveg

 
Camus avait pensé ce livre comme la première partie d'une trilogie qu’il avait en tête lorsqu'il fut victime d'un accident de la route le 4 janvier 1960. Le projet de ce roman était connu d'écrivains de son entourage, dont Claude Roy, de la maison d'édition Gallimard, et de rares initiés, mais était méconnu du grand public bien que Camus eût déjà mentionné son projet dans un entretien à La Gazette de Lausanne publié le 28 mars 1954. Ce roman posthume attendra tout de même 34 ans pour être publié, ce qui en fera donc l'un des livres événement de 1994.
 
Albert Camus raconte son enfance de pied-noir algérien et la recherche de son père dans un décor fictif. Il crée un parallèle entre Camus adulte et Camus, encore dans sa jeunesse.
 
Jacques Cormery, l'alter ego de Camus dans le roman, est un homme de 40 ans qui retourne dans son Algérie natale d'avant guerre sur les traces de son enfance. Il y retrouve sa mère, une femme encore belle, mais sourde et distante.
 
Le livre devait explorer la situation de l'homme face au souvenir et le situer quand l'environnement familial est difficile ou singulier. Dans le roman, Camus évoque son père qu'il n'a pas connu, étant mort au tout début de la première guerre mondiale. Tout au long du roman, il cherchera comment exprimer tout son amour pour lui alors qu'il est invisible, tout en s'efforçant à en chercher la trace (Camus se rendra au cimetière où est inhumé son père, dans un carré militaire). Le livre devait ensuite explorer le lien de l'homme en rapport à sa famille, où Camus évoquera par exemple sa mère et son oncle. Il devait aussi évoquer la famille au sens plus large, comme explorer les liens avec les cousins, peut-être un prolongement de la fratrie, ou ses premiers ancêtres arrivés en Algérie et, donc, il était attendu de voir sa réponse, et surtout, sa position, en ce qui concernait la guerre d'Algérie de 1954 à 1962, mais Camus n'aura pas le temps de le faire. Cette position devait apparaître dans le deuxième tome et donc, en conclusion de cet ouvrage.
 
La publication de 1994 laissait entrevoir qu'à certains passages du manuscrit, certains mots étaient illisibles, et le texte fut publié comme tel. Les éditions Gallimard envisagent de publier le texte complet car, avec l'aide de nouvelles technologies et de graphologues, les lettres ou mots et même les passages illisibles sont de nos jours déchiffrés, ce qui n'était pas le cas en 1994. Par ailleurs, le texte publié ne constituait qu'une partie de l’œuvre que souhaitait publier Camus : il envisageait un livre en deux volumes, d'un contenu assez biographique, construit comme l'ouvrage de Céline, intitulé Mort à crédit, qui devait être publié en deux volumes par Gallimard.
 
Quant au titre, Le Premier Homme, celui-ci fut retenu pour l'édition posthume de 1994, car à sa mort, en Janvier 1960, Albert Camus n'avait pas encore mis un titre à son nouveau manuscrit et au départ le titre, Le Premier Homme, n'était qu'un chapitre de l'ouvrage. Ce titre fut finalement retenu parce qu'il illustrait parfaitement le contenu du manuscrit, tout en laissant un sentiment d'inachevé.
 
L'ouvrage présenté par Gallimard présente un ensemble de notes laissées par Camus et qui devaient être utilisées en notes de travail, pour aborder et compléter les différents chapitres de l'ouvrage. Ces notes, qui ressemblent à des fragments de textes, vont de quelques mots à une page entière, souvent de souvenirs ou d'anecdotes sur l'Algérie.
 
Le livre devait mettre en lumière la position déchirée d'Albert Camus à propos de la guerre d'indépendance de l'Algérie. Mais, dans le Premier Homme, la position de Camus n'est pas très claire, car il se réservait, sans doute, d'exposer ses opinions dans ce qui devait être la seconde partie de son ouvrage. La première partie jette donc les bases de ce qui va être sa réflexion future (qui ne viendra jamais).
 
Aussi, comme il était dans son habitude pour ses autres romans, il arrivait qu'Albert Camus ne retienne pas une page, voire souvent plusieurs pages, car le sens de l'évolution de son récit avait changé. Généralement, les pages étaient détruites par la suite. Mais il arrivait que certains passages sur une page ne conviennent pas. Alors, Camus masquait les passages défectueux par de longs traits d'encre noire, de sorte que ces passages sont illisibles et donc ne figurent pas dans l'édition de 1994.
 
Cependant, des notes ou des passages non aboutis, lisibles et déchiffrés, figurent dans l'édition de 1994, où ils figurent séparément, à la fin de l'ouvrage édité, avant les notes.
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