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Dans ce blog je parlerai de politique mais aussi de tout ce que j'aime (littérature, musique, sports...). N'hésitez pas à laisser vos commentaires, à partager avec moi et les autres visiteurs de se site vos avis ! ! !

19 Dec

Il faut protéger le peuple Rom

Publié par Araveg

«Il faut protéger le peuple Rom». C’est le titre d’un article paru en 
> février 2002, dans le journal Le Monde, et signé par cinq personnes : 
> /Georges Yoram Federmann/, psychiatre; /Pierre Mertens/, écrivain; 
> /Véronique Nahoum Grappe/, sociologue; /Jean-Marc Turine/, producteur 
> radio et /Pierre Vidal-Naquet/, historien. * 

> Ce texte a plus de dix ans, mais la situation inhumaine qu’il décrit 
> n’a pas évolué d’un pouce, au contraire : en France, les Roms 
> continuent d’être traités comme des /«citoyens de second ordre»/, pour 
> reprendre les mots du porte-parole des Roms de Zamoly, en Hongrie. 
> Nous sommes quelques uns à lutter pour empêcher les discriminations de 
> continuer, mais l’acharnement des différents ministres de l’Intérieur, 
> la mauvaise volonté des élus locaux et de leurs administrations 
> parvient finalement à aggraver la situation sanitaire et humaine de 
> ces familles. 

> La lutte sur le terrain, menée par une centaine de collectifs et 
> d’individus, solidaires avec les Rom de leur commune, de leur 
> quartier, ne peut remporter que de fragiles victoires, quelques mois 
> d’un répit forcément précaire quand, face à ces collectifs, se dresse 
> l’aveuglement d’un Etat qui continue, obstinément et à travers les 
> gouvernements successifs, de diriger une politique anti-tsigane qui 
> sur le plan électoral, malheureusement, semble toujours payante. 

> Mais l’histoire que raconte cet article est aussi millénaire. Elle 
> continue dans l’Europe d’aujourd’hui, et j’ai l’impression qu’elle 
> nous annonce le pire : ni plus ni moins que la possibilité d’un autre 
> génocide, dans l’Europe du XXIe siècle que nous avons décidé d’habiter. 

> Voici le texte de cet article, puisqu’il n’est consultable que pour 
> les abonnés au Monde : 

> «Il faut protéger le peuple Rom 

> En juillet 2000, un groupe de 52 personnes, Tsiganes en provenance de 
> Zamoly (Hongrie), est arrivé à Strasbourg. C’est une historienne, Katy 
> Katz, Israélienne d’origine hongroise, qui leur a payé le voyage en 
> car de Zamoly à Strasbourg. Michel Warchawsky, Israélien militant pour 
> la paix, a averti quelques-uns de ses amis strasbourgeois de leur 
> arrivée. Ces Tsiganes hongrois sont arrivés avec un dossier juridique 
> “en béton” qu’ils ont déposé à l’Office de protection des réfugiés et 
> apatrides (Ofpra) avant de demander l’asile à la France. Après des 
> mois de procédures et d’examens, leur demande a été jugée recevable. 
> La Hongrie a bien sûr exercé des pressions pour empêcher une telle 
> décision, craignant qu’elle ne retarde l’entrée du pays dans l’Union 
> européenne. Josef Krasznai est le porte-parole des Roms de Zamoly et 
> le président de l’Organisation indépendante des Roms du département de 
> Fejér. Il n’a pas demandé l’asile parce qu’il veut poursuivre sa lutte 
> en Hongrie, malgré les risques qu’il court et qu’il mesure, étant 
> donnée sa détermination à défendre les droits des Roms. Il déclarait 
> en août 2000 : /« Nous avons accepté pendant des siècles le rôle de 
> citoyens de second ordre, en nous contentant de notre situation de 
> misère. Nous ne pouvons pas permettre ce que nos aïeux ont permis en 
> 1944, nous n’entrerons pas dans les chambres à gaz pendant que l’hymne 
> hongrois retentit.»/ 

> /«Citoyens de second ordre»/, les mots sont prononcés. Des exemples ? 
> L’espérance de vie des Tsiganes hongrois est de dix à quinze ans 
> moindre que pour le restant de la population ; 85 % des enfants roms 
> ne peuvent intégrer le système scolaire normal, ils sont dirigés vers 
> des écoles d’enseignement spécial réservé aux handicapés mentaux ; le 
> maire de Csor a déclaré en toute impunité : /«Je pense qu’en ce moment 
> les Roms de Zamoly n’ont pas leur place parmi les Hongrois : les 
> animaux eux-mêmes se débarrassent de leurs parasites//»/; leurs 
> maisons sont quelquefois brûlées, quelquefois rasées. Pour la première 
> fois, en 2000, des intellectuels hongrois ont publié un texte par 
> lequel ils exigeaient que les minorités disposent des mêmes droits que 
> tout citoyen et que les agressions physiques et morales ne restent pas 
> impunies. En Roumanie, en Slovaquie, en Tchéquie la situation semble 
> pareille. Il fallait ce très bref récapitulatif pour en arriver à ce 
> que subissent en France les Tsiganes roumains, qui sont obligés de 
> vivre dans des campements (des sous-bidonvilles, si l’expression est 
> plus explicite) indescriptibles de délabrement, de misère. A côté de 
> Paris, à Choisy-le-Roi, Achères, Lieussaint-Moissy, Argenteuil (et en 
> d’autres lieux), des hommes, des femmes, des enfants survivent. Quel 
> autre mot utiliser, quand, par exemple à Achères, plus de 80 personnes 
> ne disposent que d’un seul point d’eau alimenté par un tuyau 
> d’arrosage (comment fait-on quand la température tombe sous zéro ?) 
> Quand, dans ce même campement, l’électricité est absente et que des 
> personnes, aujourd’hui en France, en 2002, des femmes, des hommes et 
> des enfants doivent faire leurs besoins naturels dans la forêt à côté 
> du campement ? Quand les ordures ménagères ne sont pas enlevées et 
> quand des conteneurs débordant de détritus ne sont pas remplacés ? 
> Combien sont-ils autour de la “Ville-lumière” à préférer cette 
> situation sans espoir plutôt que d’envisager un retour dans leur pays 
> d’origine où, tous en témoignent, la situation est pire ? Environ 
> 1 500 ? Pouvons-nous ne pas dire notre indignation devant le spectacle 
> de personnes reléguées au rang de bétail ? (à la SPA, chiens, chats, 
> perroquets et poissons rouges sont mieux accueillis !) L’Europe et la 
> France, en particulier, vont-elles encore longtemps fermer les yeux, 
> ignorer le sort indigne – voire inhumain – réservé avant-hier, hier 
> comme aujourd’hui au peuple rom ? Il faut redire que le génocide des 
> Tsiganes par les nazis n’est pas reconnu par les pays de l’Union 
> européenne, sauf par l’Allemagne depuis 1991. Combien de victimes ? 
> 300 000 ? Plus ? 

> En langue romani, Samudaripen signifie /«//génocide»/. Un mot à 
> introduire dans notre langue comme le mot Shoah. En outre, la France 
> contrevient à ses propres lois lorsqu’elle n’empêche pas un maire ou 
> un directeur d’école de refuser (quasi systématiquement) l’accès à un 
> cursus scolaire normal pour les enfants roms. En octobre 1999, le 
> gouvernement belge a expulsé 74 personnes tsiganes d’origine slovaque. 
> Cette mesure a été qualifiée de /«rafle organisée////»/ par ceux qui 
> s’opposaient à cette politique : les adultes avaient été invités à se 
> rendre à la maison communale sous le prétexte de les aider à 
> régulariser leurs situations, pendant que la police allait chercher 
> les enfants dans les écoles. C’était la première fois qu’un pays 
> européen procédait à une expulsion massive. Dans l’avion, des 
> gendarmes ont eu la subtile initiative d’inscrire à l’encre noire 
> indélébile un numéro sur l’avant-bras gauche de chacune des personnes, 
> y compris les enfants. Des sanctions contre les responsables d’un tel 
> comportement crapuleux ? Aucune. Les protestations, hélas, n’ont guère 
> dépassé les frontières du pays. La Belgique a d’ailleurs été 
> condamnée, ce 5 février, par la Cour européenne des droits de l’homme 
> à Strasbourg. La question tsigane est plus que jamais européenne avec 
> l’élargissement de l’Union. Il y a urgence. La négligence des 
> gouvernements européens est criminelle à l’égard d’un peuple qui 
> risque de disparaître d’une mort lente et silencieuse. La Commission 
> européenne et les gouvernements, sous peine de se discréditer, de 
> trahir la charte fondamentale, de retrouver un silence coupable digne 
> des années noires du siècle dernier, se doivent d’intervenir auprès 
> des gouvernements hongrois, roumain, tchèque et slovaque pour exiger 
> une politique démocratique digne de ce nom. En 1943, dans le ghetto de 
> Lodz, Reïzel Zychlinsky écrivait : 

> /« //Et les cieux étaient nus et vides/ 

> /Tous les cieux/ 

> /Dieu avait caché sa face.» / 

> Soixante ans plus tard, pour les Roms d’Europe, les cieux sont 
> toujours nus et vides. Le temps est peut-être venu pour les 
> communautés juives d’Europe de se souvenir publiquement qu’à 
> Treblinka, Chelmno, Birkenau, Majdanek, dans les ghettos de Varsovie 
> ou de Lodz et dans d’autres camps en Hongrie, en Serbie, en Autriche 
> ou en Allemagne les Roms ont subi une entreprise d’extermination 
> comparable à celle menée contre les juifs. Il faut protéger le peuple 
> rom, lui accorder une citoyenneté européenne, lui donner un statut, 
> une réelle identité. 

> /Georges Yoram Federmann/ est psychiatre, responsable du comité 
> d’accueil des roms de Zamoly à Strasbourg. /Pierre Mertens/ est 
> écrivain./ Véronique Nahoum Grappe/ est sociologue (EHESS). /Jean-Marc 
> Turine/ est producteur à France-Culture./ Pierre Vidal-Naquet/ est 
> historien» 

> Droits de reproduction et de diffusion réservés pour le texte © Le 
> Monde 2002 

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